La DHEA et la pregnénolone: "Les médecins n'ont pas découvert l'eau chaude"

La prégnénolone et la DHEA : quand les médecins redécouvrent… l’eau chaude !

Depuis quelque temps, on voit fleurir les discours autour de la DHEA et de la prégnénolone, comme si la médecine venait soudainement de découvrir que ces hormones existent, qu’elles jouent un rôle dans l’équilibre hormonal et qu’elles peuvent diminuer avec l’âge.

Bienvenue dans le monde merveilleux de la stéroïdogenèse ! (la production des hormones stéroïdiennes comme le cholestérol et la vitamine D3 mais aussi toutes les hormones reproductives comme la progestérone, œstrogène and testostérone mais aussi la DHEA et prégnénolone)

On pourrait presque entendre : « Regardez ! La prégnénolone ! La DHEA ! C’est formidable ! »

Oui… formidable. Mais il y a un petit détail que l’on oublie parfois : une hormone ne tombe pas du ciel.

Et surtout, donner une hormone ne signifie pas nécessairement que l’on a corrigé la raison pour laquelle l’organisme n’en produit plus suffisamment.

C’est précisément là que la mitochondrie entre en scène.


La prégnénolone : le point de départ de toute une cascade hormonale

La prégnénolone est produite à partir du cholestérol. Cette transformation initiale se déroule au niveau mitochondrial et implique notamment l'enzyme CYP11A1, également appelée P450scc. Le transfert du cholestérol vers la mitochondrie constitue une étape essentielle de la stéroïdogenèse.

Autrement dit :

cholestérol → prégnénolone → différentes hormones stéroïdiennes

À partir de la prégnénolone, l’organisme peut notamment produire, selon les tissus et les voies enzymatiques concernées, de la progestérone, de la DHEA, du cortisol, des androgènes et des œstrogènes.

La mitochondrie n'est donc pas simplement une petite centrale énergétique située quelque part dans la cellule.

Elle participe directement à la machinerie de production des hormones stéroïdiennes.

Et c’est là que les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.


« Vous manquez de prégnénolone ? Donnons de la prégnénolone ! »

C’est un peu comme constater qu’une voiture n’avance plus parce que son moteur est en difficulté et répondre :

« Elle manque de puissance ? Mettons davantage d’essence ! »

Cela peut éventuellement faire fonctionner la voiture temporairement.

Mais si le moteur chauffe, si l’huile est dégradée et si les pièces sont endommagées, le problème de fond n’est toujours pas réglé.

Pour la stéroïdogenèse, le raisonnement doit être beaucoup plus subtil.

Lorsque les taux de prégnénolone ou de DHEA sont bas, il faut évidemment se demander :

Pourquoi cette production diminue-t-elle ?

Est-ce uniquement parce que l’organisme manque de substrat ?

Est-ce lié à l’âge ?

À la ménopause ?

À une insuffisance ovarienne ou surrénalienne ?

À une perturbation enzymatique ?

À un stress physiologique chronique ?

À une inflammation persistante ?

Ou à une altération de la fonction mitochondriale ?

Parce que si la machinerie mitochondriale fonctionne mal, rajouter le produit final ou intermédiaire ne règle pas nécessairement le problème initial.


La mitochondrie au cœur du problème

La production des hormones stéroïdiennes dépend d'une organisation cellulaire extrêmement complexe.

Le cholestérol doit être transporté vers la mitochondrie, puis rendu disponible à l’enzyme CYP11A1 afin d’être transformé en prégnénolone. La protéine StAR joue notamment un rôle essentiel dans le transfert du cholestérol vers la mitochondrie.

Cela signifie que la capacité à produire des hormones dépend aussi de la capacité de la cellule à faire fonctionner correctement cette machinerie.

Et une mitochondrie peut être mise à rude épreuve par de nombreux facteurs.

Parmi les facteurs susceptibles d’altérer la fonction mitochondriale, on peut notamment retrouver :

  • une surcharge en certains métaux lourds ;
  • un stress oxydatif important ;
  • une inflammation chronique ;
  • des dysfonctionnements immunitaires persistants ;
  • des altérations du métabolisme énergétique ;
  • certaines agressions environnementales ;
  • des perturbations métaboliques ;
  • et, dans certains contextes, des infections persistantes ou récurrentes.

On peut également ajouter les conséquences métaboliques d’une mitochondrie qui fonctionne moins efficacement.

Lorsque la mitochondrie ne parvient plus à produire correctement l’énergie nécessaire à la cellule, le métabolisme peut progressivement se dérégler. Cela peut notamment s’accompagner d’une diminution de la flexibilité métabolique, d’une moins bonne utilisation des substrats énergétiques et d’une diminution de la sensibilité à l’insuline.

À terme, ce terrain peut favoriser une insulinorésistance, une augmentation du stockage énergétique et, chez certaines personnes, une prise de poids ou un surpoids (peu importe la qualité ni la quantité de la nourriture prise).

On retrouve alors un véritable cercle vicieux :

dysfonction mitochondriale → mauvaise utilisation énergétique → diminution de la sensibilité à l’insuline → insulinorésistance → stockage accru des nutriments → prise de poids → inflammation métabolique → aggravation du stress oxydatif et de la fonction mitochondriale.

Et ce cercle peut évidemment être entretenu par d’autres facteurs : alimentation, sédentarité, troubles du sommeil, stress chronique, inflammation, infections persistantes, etc.

C'est ici que j'utilise la notion d'« infections froides » : des infections ou agents infectieux persistants, parfois peu symptomatiques, susceptibles de maintenir une stimulation immunitaire chronique.


Et si l’inflammation venait aussi de ces infections persistantes ?

Lorsqu'on parle d'inflammation chronique, on cherche souvent immédiatement :

le régime alimentaire,
le stress,
le microbiote,
les toxines,
le surpoids,
la résistance à l’insuline…

Mais il faut également se poser une question :

Et si une partie du système immunitaire était constamment stimulée par des agents infectieux persistants ?

Dans le vocabulaire que j’utilise en pratique, je parle alors d’infections froides.

Cette notion peut notamment inclure, selon les situations et les agents concernés :

  • certaines infections persistantes à Borrelia ;
  • des co-infections transmises par les tiques telles que Bartonella ou Babesia ;
  • certains virus persistants ou réactivés, notamment EBV ;
  • le CMV dans certains contextes ;
  • certains agents bactériens intracellulaires ;
  • certaines infections digestives persistantes ;
  • certaines mycoses ou proliférations fongiques ;
  • certaines parasitoses persistantes.

⚠️ Il faut toutefois être précis : la présence d’un agent infectieux ou d’anticorps ne signifie pas automatiquement qu’il existe une infection active. Le diagnostic et l’interprétation doivent reposer sur des données cliniques et biologiques adaptées.

L’idée intéressante est ailleurs :

une stimulation immunitaire persistante peut contribuer à entretenir un environnement inflammatoire et oxydatif.

Et lorsqu’une cellule baigne durablement dans cet environnement, la mitochondrie peut finir par payer la facture.


Immuno-oxydation : le cercle vicieux

On peut alors imaginer un cercle :

agent persistant → stimulation immunitaire → inflammation → stress oxydatif → atteinte fonctionnelle mitochondriale → baisse de la capacité énergétique et métabolique → perturbation de certaines fonctions cellulaires.

Et plus la mitochondrie est sollicitée, plus elle peut devenir vulnérable.

C’est particulièrement intéressant lorsqu'on parle des hormones stéroïdiennes, car la mitochondrie intervient directement dans les premières étapes de leur synthèse.

Donc oui, on peut donner de la prégnénolone.

Oui, on peut donner de la DHEA.

Mais si le terrain qui empêche l'organisme de fonctionner correctement n'est pas recherché, on risque de ne traiter que la conséquence.


Et le cholestérol dans tout ça ?

Voilà un autre élément particulièrement intéressant.

On entend parfois :

« Votre cholestérol est élevé : il faut faire baisser le cholestérol. »

Mais le cholestérol n'est pas simplement un déchet dont l'organisme chercherait désespérément à se débarrasser.

C'est également un précurseur indispensable des hormones stéroïdiennes.

Le cholestérol est notamment utilisé pour fabriquer la prégnénolone, qui constitue un point de départ de nombreuses voies de stéroïdogenèse.

Et voilà pourquoi la question devient beaucoup plus intéressante :

Pourquoi le cholestérol augmente-t-il ?

Chez certaines femmes, notamment autour de la ménopause, on observe effectivement des modifications importantes du profil lipidique, avec notamment une augmentation du cholestérol total et du LDL-cholestérol. La diminution des œstrogènes et les changements métaboliques associés à la transition ménopausique participent à cette évolution.

Mais attention à ne pas raconter une histoire trop simpliste.

Ce n'est pas nécessairement :

« Les ovaires arrêtent de fonctionner → le cholestérol monte uniquement parce qu'il veut fabriquer plus de prégnénolone. »

La physiologie est beaucoup plus complexe.

La ménopause modifie notamment le métabolisme hépatique des lipides, la répartition des graisses et le profil des lipoprotéines.

Cependant, le lien entre cholestérol, mitochondrie et stéroïdogenèse mérite clairement d'être compris avant de donner des statines voire même de réduire le cholestérol.


Alors pourquoi le cholestérol peut-il augmenter ?

Parce que le cholestérol possède de nombreuses fonctions.

Il intervient dans :

  • les membranes cellulaires ;
  • la signalisation cellulaire ;
  • la synthèse des hormones stéroïdiennes ;
  • la production des acides biliaires ;
  • différents processus métaboliques.

Et lorsque la fonction ovarienne diminue, notamment à la ménopause, la production ovarienne d’œstrogènes chute fortement.

Le profil lipidique évolue alors lui aussi.

Mais il faut également se demander si, chez certaines personnes, la capacité globale de production hormonale et métabolique est limitée par la qualité du fonctionnement mitochondrial.

C'est ici que le raisonnement devient beaucoup plus intéressant que :

« Hormone basse = hormone à donner. »


La DHEA et la prégnénolone ne sont pas des piles que l'on recharge indéfiniment

C'est le point essentiel.

Si l'organisme possède une capacité réduite à produire correctement certaines hormones, donner temporairement de la prégnénolone ou de la DHEA peut modifier les concentrations circulantes.

Mais cela ne signifie pas que l'on a restauré :

  • la fonction mitochondriale ;
  • la gestion du stress oxydatif ;
  • l'équilibre inflammatoire ;
  • le métabolisme énergétique ;
  • la capacité de stéroïdogenèse ;
  • ou la cause ayant conduit à cette diminution.

On peut soutenir une voie sans avoir réparé l'usine.

Et c'est précisément pourquoi, dans une approche fonctionnelle, la question ne devrait pas seulement être :

« Quelle hormone manque ? »

mais également :

« Pourquoi cette hormone manque-t-elle ? »


La vraie question : pourquoi la mitochondrie fatigue-t-elle ?

Voilà pourquoi, lorsqu'une DHEA ou une prégnénolone est basse, il est intéressant de réfléchir au terrain global.

Métaux lourds ?

Stress oxydatif ?

Inflammation chronique ?

Dysfonction immunitaire ?

Infections persistantes ?

Troubles métaboliques ?

Insulinorésistance ?

Prise de poids ou surpoids ?

Diminution de la sensibilité à l’insuline ?

Dysfonction mitochondriale ?

Et surtout :

Existe-t-il une stimulation immunitaire chronique entretenue par une infection persistante ou un autre facteur inflammatoire ?

Parce qu'on peut toujours essayer de remplir le réservoir.

Mais si le moteur mitochondrial est en difficulté, il serait peut-être temps de regarder le moteur.

Et c'est là que la prégnénolone et la DHEA deviennent réellement intéressantes : non pas comme une simple solution de remplacement, mais comme des marqueurs et des acteurs d'une physiologie hormonale dont il faut comprendre toute la chaîne.

La médecine n'a donc peut-être pas découvert l'eau chaude.

Elle a simplement recommencé à regarder une vieille évidence biochimique :

le cholestérol n'est pas seulement du cholestérol, la prégnénolone n'est pas seulement une hormone, la DHEA n'est pas seulement un complément… et derrière tout cela, il y a une mitochondrie qui travaille, souvent à mi-temps donnant cette baisse hormonale par conséquence.

Et avant de lui demander de produire davantage ou compenser les hormones DHEA et prégnénolone, il serait peut-être judicieux de se demander dans quel état elle se trouve et de s’intéresser à son fonctionnement.


Articles similaires

Derniers articles

À la une

Histamine, mastocytes et inflammation chronique

10 Mar 2026

Histamine, mastocytes et inflammation chroniquePourquoi certains corps restent bloqués en mode « alerte »Depuis quelques années, un phénomène intrigue de plu...

À la une
“Pourquoi certaines personnes deviennent intolérantes à tout (aliments, médicaments, odeurs) ?”

“Pourquoi certaines personnes deviennent intolérantes à tout (aliments, médicaments, odeurs) ?”

10 Mar 2026

Histamine, mastocytes et inflammation chroniquePourquoi certains corps restent bloqués en mode « alerte »Depuis quelques années, un phénomène m'intrigue de p...

À la une
Et si votre fatigue n’était pas psychosomatique… mais infectieuse ?

Et si votre fatigue n’était pas psychosomatique… mais infectieuse ?

01 Mar 2026

Ceci vous décrit ?
 
La plupart de vos bilans sont “normaux”.
Tout revient négatif.
Ou parfois légèrement positif… mais “pas significatif”.
Et pourtant…
Les ...

Catégories